L’EMPRISE DE LA FRANCE SUR LE TOMBEAU DES ROIS À JÉRUSALEM !

L’AVOCAT GILLES WILLIAM GOLDNADEL MANDATÉ SUR LE DOSSIER !

S’il est une petite parcelle de terre en Israël en 2019 qui attire tous les regards et toutes attentions, c’est  bien le Tombeau des rois à Jérusalem, un monument antique vieux de deux mille ans datant de l’époque du Second Temple.  Situé proche de la Maison de l’Orient, du Consulat Britannique et du Beth ha Michpat (tribunal), non loin du caveau de Shimon ha Tsadik(Simon le Juste), ce monument est devenu, dès 1847, l’objet de nombreuses convoitises. Entre son antique implantation en dehors des murs de la vieille ville et le milieu du XIXème siècle, le site dit du Tombeau des Rois a été un cimetière très fréquenté du fait de la présence des tombes de la Reine Hélène d’Adiabène (Heleni ha Malka), de Nakdimon Ben Gourion et de Kalba Savoua, trois personnalités exceptionnelles que les Juifs au fil des siècles ont vénéré,  à raison,  par leurs prières et leurs dévotions…. jusqu’à la période de Kourchid Pacha gouverneur Ottoman nommé par la Grande Porte qui se persuade que l’endroit renferme un trésor et le fait investir par ses gens pour le dénicher, mais, sans réel moyen ni connaissance, le fameux trésor n’est pas trouvé. Arrive quelques années plus tard en Terre Sainte, un archéologue français, Félicien de Saulcy qui, muni de toutes les autorisations de la part de l’administration ottomane, se livre à des fouilles archéologiques d’une ampleur exceptionnelle. Aucun objet n’échappe à sa vénalité, frises décoratives, pierres tombales, rien! Jusqu’au sarcophage, une merveille archéologique, de la reine Hélène et d’autres contenant des ossements : ces objets d’une valeur religieuse et archéologique majeure prennent la direction de la France, du Musée du Louvre, via le port de Jaffa, tout cela, malgré les protestations des Juifs autochtones, malgré les échanges de courriers, constats de fouilles et de dégradations et aussi vœux de bonne volonté, entre le consulat de France, les rabbins de Terre Sainte et la communauté israélite de France. Pourtant, Félicien de Saulcy parvient à son but, aidé en cela par les ottomans soudoyés et les pièces dérobées, malgré l’intervention de Moses Montefiore et du Baron de Rothschild, sont déjà sur le bateau!

Alertée par le Grand Rabbin de France nouvellement élu, Lazare Isidor, sur la situation alarmante du site, une philanthrope française du nom de Berthe Amélie Levi, épouse Alexandre Bertrand, réunit la somme importante de 30.000 francs, la valeur d’un immeuble haussmannien, et décide d’acquérir le site. L’acquisition, semée d’embûches du fait de la distance géographique et de la législation ottomane, se réalise finalement par l’entregent du Consul de France, Salvator Patrimonio, qui la met à son nom personnel, occultant celui de Berthe Bertrand. Lors de cette acquisition, certifiée par le grand  rabbinat de France, Berthe Bertrand déclare les raisons de son acquisition et en fait don au Hekdesh (organisme religieux officiel de Jérusalem, responsable du patrimoine juif) :

« Je soussignéz; Berthe Amélie Bertrand, déclare qu’en faisant l’acquisition des terrains sur lesquels se trouve le tombeau dit Tombeau des Rois à Jérusalem, je n’ai d’autre but que la conservation de cet antique et vénérable monument. J’appartiens par mon père Serve-Dieu Levi et par mère Noémie Rodrigues Henriques à des familles israélites. C’est en souvenir de mes ancêtres que je veux préserver le tombeau de toute profanation, le tombeau des rois d’Israël, Berthe Bertrand née Levi ».

En l’écrivant, comment ne pas être saisi par l’émotion venant de ces phrases si simples en apparence mais pleines de vertu, de sens, de clairvoyance, de responsabilité communautaire et de valeur religieuse et historique. En la lisant, comment ne pas matérialiser aussi tout le poids que Berthe Bertrand née Levi avait sur ses épaules en offrant cet héritage à la postérité juive, elle qui l’a acheté, non dans un désir de possession, mais de transmission éternelle.

La lettre de Berthe Bertrand est signée par le Grand Rabbin de France Lazare Isidor qui ajoute les commentaires suivants en date du 28 avril 1874 :

« Je soussigné, Grand Rabbin du Consistoire Central des Israélites de France, certifie par la présente que les paroles dites et écrites par Madame Bertrand née Levi sont à tous égards dignes de foi, j’ai la certitude que les terrains acquis par elle sur lesquels se trouve le Tombeau des Rois resteront à jamais propriété israélite préservée de toute profanation comme de toute aliénation. Je prie le Grand Rabbinat de Jérusalem de prêter la main à l’accomplissement de formalités  voulues par la loi ottomane, afin que nous ayons la joie et le bonheur de conserver ce vénérable et antique monument au milieu d’Israël. »

 

« Au Grand Rabbin de la ville sainte de Jérusalem, qu’elle puisse être reconstruite de nos jours, Amen. Les paroles inscrites ici sont véridiques et sur ces paroles, il faut se baser. Je sais que le terrain appelé Tombeau des Rois ne sortira pas de cette famille, de la famille d’Israël et ne sera profané en aucune façon. En ce mardi de l’an 5635 (du calendrier hébraïque correspondant à l’an 1874).

 

Le Grand Rabbin de France Lazare Isidor confirme l’acquisition du Tombeau par Madame Bertrand, demande au Rabbinat de Jérusalem d’aider aux formalités de l’inscription du tombeau, confirme la volonté de Madame Bertrand de garder la propriété israélite préservée de toute profanation et rassure les rabbins de Jérusalem que, dès à présent, le Tombeau ne sera plus jamais profané et restera propriété israélite.

 

Malgré  tout, les fouilles continuent, et ce, jusqu’au moins en 2012, toujours sous la bannière de la France !  Bien que l’acquisition ait été entérinée en bonne et due forme, et bien que Berthe Bertrand n’ait été âgée que de quarante-cinq ans à l’époque, pour quelles raisons son cousin germain Henry Pereire, le fils et neveu des célèbres banquiers Emile et Isaac Pereire, intervient-il pour en faire donation à la France, sous conditions strictes, créant ainsi un incroyable imbroglio juridique entre la France et la communauté israélite et un doute sur le nom du propriétaire qui perdure jusqu’à ce jour ?

Selon l’acte d’acquisition de Berthe Bertrand, le site dit du Tombeau des Rois appartient sans aucun doute à la communauté israélite, au Hekdesh, mais  l’acte de donation d’Henry Pereire laisse croire à la France qu’elle est la propriétaire incontestée du lieu, sans qu’elle se pose  la moindre question sur ce tour de passe-passe notarial… Les changements de statut, d’époque et surtout de législation, de l’Empire Ottoman, puis la Palestine sous mandat britannique jusqu’à la renaissance de l’état d’Israël, ne font qu’augmenter cette grande confusion. Propriétaire ou non,  la France, au fil des générations, n’a aussi, et de toute évidence, pas respecté les obligations par lesquelles elle était tenue dans la donation, à savoir: ‘’À n’apporter dans l’avenir aucun changement à la destination actuelle de ce monument, à conserver ce monument à la science, à la vénération des fidèles enfants d’Israël.’’

Faisant fi de la sainteté du lieu, la France a persisté dans les fouilles, a fermé le site pour des motifs fallacieux et l’a ostensiblement ouvert à des festivals de musique arabe profane... En Israël, une action en justice a été menée par le Hekdesh  et pendant des années, le dossier a sommeillé et piétiné, jusqu’à ce qu’une certaine effervescence créée par l’intérêt de tous les amateurs d’archéologie (ce lieu est aussi le plus grand hypogée antique du Proche-Orient), les amoureux du patrimoine juif soucieux de le préserver, et les juifs religieux et traditionalistes désirant prier sur ce lieu saint, lui fasse refaire surface.

La presse s’empare du dossier, tellement ancien et en même temps d’une brûlante actualité ! Pour témoin, la rencontre au sommet à Paris entre le Président israélien Monsieur Reuven Rivlin et le Président français Monsieur Emmanuel Macron le 23 janvier 2019 pendant laquelle le sujet si sensible et si diplomatique du Tombeau des rois a été évoqué et sur lequel le Président français s’est engagé sur la rouverture prochaine. Off the record, Emmanuel Macron revendique la propriété du Tombeau des Rois mais c’est sans compter sur la détermination israélienne qui n’accepte pas le principe même de cette propriété en faveur de la France sur son propre sol. Le Hekdesh n’en reste pas là, il compte porter l’affaire devant la justice française. Le très médiatique avocat Maître Gilles William Goldnadel, grand ténor du barreau franco-israélien, est  engagé par le Hekdesh  dans la défense de ce passionnant dossier, dans le but que le site, anormalement et trop longtemps fermé, soit rouvert et que la France, pays ami d’Israël, rende sans condition, sans discussion et avec la plus grande bienveillance le site à Israël, et bien sûr, que les ossements de la Reine Hélène profanés et conservés sans raison dans les caves du Louvre soient restitués pour rejoindre leurs emplacements initiaux en Terre Sainte, au Tombeau des Rois, pour la vénération des enfants d’Israël. En ces jours difficiles où, en France même, les stèles et cimetières juifs sont souvent souillés, la France ne s’honorerait-elle pas par ce geste élégant de marquer un arrêt définitif à la profanation dont elle est à l’origine car, en fait, il n’y a aucune logique pour elle à persister à garder le Tombeau des Rois, les sarcophages et les ossements sacrés de la Reine Helene, que ce soit sur le plan religieux, historique, géographique, diplomatique ou même patrimonial.

 

 

Haim BERKOVITS

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