A Jérusalem la sainte, la loi est différente, la sainteté de la ville a interdit durant des siècles d’y enterrer les morts. Les morts sont enterrés en dehors de la ville afin de préserver les vivants de l’impureté de la mort. C’est la raison pour laquelle cette nécropole implantée à l’époque du Second Temple exista et les habitants de Jérusalem y ont enseveli leurs défunts durant de nombreusess générations. Cette pratique d’enterrement a commencé à l’époque de David et se poursuit jusqu’à ce jour. Ainsi s’est créée la nécropole de Jérusalem qui comprend le mont des Oliviers, la vallée du Kidron, la vallée de Josaphat et la vallée de Ben-Hinnom. On y trouve entre autres la tombe de Shimon HaTzadik, la grotte du Petit Sanhédrin, la grotte de Maimonide, Yad Avshalom, la tombe de Rabbi Ovadia de Bartenura et bien sûr le Tombeau des rois.

Le Tombeau des rois fait par- tie de cette nécropole. Il est situé au nord de la vieille ville, dans la rue Derekh Shekhem, un portail en fer indique l’ac-cèss au domaine du Tombeau. Sur le portail une plaque où l’inscription nous indique le nom du site mais aussi le nom du propriétaire: TOMBEAV DES ROIS  REPUBLIQVE FRANCAISE. Le drapeau français flotte au vent, nous sommes sur un domaine inscrit au cadastre au nom du Consulat de France de Jérusalem.

Et pourtant, cela n’a pas toujours été le cas, le lien avec la France est très récent, le Tom-beau des Rois est indissociable de la Judée, à l’époque du Second-Temple où une reine venue d’Adiabène un ancien royaume niché aux confins des territoires actuels kurde et irakien, décida de se convertir au Judaïsme et fit bâtir ce mausolée pour s’y faire ensevelir..

Le Tombeau porte plusieurs noms et surnoms: «Le Tom-beau des rois», «La tombe de la reine Helène d’Adiabène», «La tombe de Kalba Savoua, «Kbour Sletin» et «Kbour El Moulouh». Chaque nom en dit long sur le Tombeau et laisse supposer les personnages qui y furent enterrés.

Il contient plus de 48 Kohhim funéraires répartis en plu- sieurs salles. Il est considéré comme la plus magnifique grotte funéraire de Jérusalem qui ait été trouvée et fouillée ç ce jour. Les noms du site, sa taille et sa splendeur apparente ont attiré des chercheurs archéologues, historiens, géographes, comme de nombreux voyageurs, dont Alphonse de Lamartine, François-René de Cha-teaubriand, Gustave Flaubert et tant d’autres. L’archéo- logue français Félicien de Saulcy l’a creusé dans l’espoir de retrouver les tombes des rois de la maison de David.

Dans les années 1880, il y eut un mystérieux transfert de propriété, des propriétaires juifs au gouvernement français, et malgré le caractère unique et exceptionnel du site, il est resté caché du grand public ces dernières années du fait de sa ferme- ture par les autorités consulaires françaises.

Hélène d’Adiabène

La reine Hélène d’Adiabène naquit entre 25 et 15 avant JC. et mourut en 57/58 après JC. Elle fut la soeur et aussi la

première épouse de Monobaze 1er. Flavius Josèphe rapporta qu’Hélène a choisi de se convertir au judaïsme après avoir été impres-sionnée et influencée par une rencontre avec des Juifs. Ses fils Monobaze II et Izates II, également se convertirent au judaïsme indépendamment de leur mère. C’est en étant juive qu’Hélène est partie en Judée. En Judée elle a construit des palais magnifiques. Selon une hypothèse de recherche, le palais de Hélène et celui de son fils Monobaze ont été découverts lors des fouilles archéologiques effec- tuées dans le parc national de la Cité de Da- vid. La reine Hélène appartient au statut social élevé du peuple de Jérusalem et c’est vraisemblablement pour cette raison qu’elle entreprend des initiatives sociales et publiques, telles que l’aide aux nécessiteux, la charité et une contribution particulière au Temple. Le Talmud de Babylone très disert concernant les femmes, rapporta que les Sages partageaient des repas dans sa Souccah.

« Hélène avait offert un chandelier d’or placé à l’entrée du Temple »

William Henry Batlett 19e siècle

Dans les lettres de Matityahu, il est indi-qué que Hélène monte en Israël lors d’une année de sécheresse extreme. Dès son arrivée, la généreuse reine aide les habitants de Jérusalem pendant la famine. Elle envoya quelques-uns de ses hommes, cer- tains à Alexandrie pour acheter du grain pour beaucoup d’argent, d’autres à Chypre pour un chargement de figues sèches, et quand ils revinrent ils apportèrent la nourriture, qui fut distribuée aux nécessiteux. Hélène fit aussi de nombreux dons au Temple dont un chandelier d’or placé à l’entrée du Temple.

Il est même précisé que lorsque le soleil se levait ses rayons étaient réfléchis par le chandelier et tout le monde savait que c’était le temps de lire le Chema. Talmud de Babylone, Yoma 37b ; Tosefta Yoma 82

Elle fit également don d’une plaque d’or sur laquelle était écrit le passage de la Sotah, texte de la torah que le grand prêtre doit lire quand une femme soupçonnée d’infidélité a été introduite devant lui.

La reine Hélène va consacrer une partie de sa vie au Nézira « Si mon fils revient en paix de la guerre, je serai une nezirah pendant sept ans ». Son fils rentra de la guerre et elle devint nezirah pendant sept ans au terme desquels elle voulut vivre sur la terre d’Israël. Bet Hillel statua qu’elle devait être une nezirah pour sept ans encore car le délai de nezirout observé en dehors d’Israel ne compte pas. A la fin de la [deuxième] période de sept ans, la reine Hélène devint une nouvelle fois impure, ce qui signifiait qu’elle devait servir à nouveau sept ans. Elle fut donc nezirah pendant une période de vingt et un ans...

L’historien Flavius Josèphe enregistre plus tard que, rentrée à Adiabène, la reine mourut,

" Son fils fit envoyer ses ossements... à Jérusalem et donna ordre qu’ils soient enterrés dans l’édifice que sa mère avait érigé " (Flavius Josàphe, Antiquités Juives, XX, 4).

Son fils a reconnu son lien avec Jérusalem et s’est arrangé pour qu’elle puisse être enterrée là-bas.

On considère qu’au Tombeau des rois repose la famille d’Hélène, notamment son fils Izatès II. Selon Flavius Josèphe, Izatès vécu 55 ans.Après sa mort, son frère Monbaze l’a remplacé comme souverain d’Adiabène. Le corps d’Izatès a été envoyé à sa demande pour être enterré à Jérusalem dans le caveau construit par sa mère Hélène.

Kalba Savoua

Kalba Savoua ou Ben Kalba Savoua fut un habitant très fortuné de Jérusalem de la période de la destruction du Second-Temple. Son nom, traduit littéralement, veut dire « chien rassasié » ( 1), ce qui signifie que ce- lui auquel il avait offert l’hospitalité devait se sentir tel un chien ( kalba ) rassasié ( savoua). Selon le Talmud, c’est un homme pieux et charitable, ouvrant sa porte à tous. Il est à la tète de l’une des trois plus grandes fortunes de Jérusalem, avec Nakdimon ben Gourion et Ben Tzitzit haKesset. Le grenier de chacun de ces hommes aurait contenu de quoi tenir un siège pendant plus de dix ans. Il semble- rait que leurs réserves de grains, d’huile et de bois auraient été brûlées par les Zélotes au moment de la destruction du Temple. Le talmud identifie (ben) Kalba Savoua comme étant le beau-père de Rabbi Akiva (2). Selon la tradition juive, Kalba Savoua est enterré dans le Tombeau des rois. Les habitants de Jérusalem d’ailleurs ont durant des siècles dénommé la tombe Kever Kalba Savoua (la tombe de Kalba Savoua).

Bains rituels au Tombeau des rois

Nakdimon Ben Gourion

Nakdimon Ben Gourion est également un habitant de Jérusalem très fortuné de la période du Second-Temple. Une Braïtha nous enseigne que le vrai nom de Nicodème était Boni, son nom Nakdimon était le résultat d’un jeu de mots (3) .Le Midrash, pour sa part, parle abondamment des citernes de Nakdimon Ben Gourion, destinées à offrir à boire à la masse des pèlerins qui arrivaient à Jérusalem à l’occasion des trois fêtes de pèlerinage. Le Talmud nous rapporte que lors d’un pèlerinage, il loua douze citernes pour les pèlerins et promit à leurs propriétaires douze cents talents d’argent (4).

Les sages nous enseignent : Il arriva qu’une grande partie d’Israël vint en pèlerinage à Jérusalem. Il n’y eut pas assez d’eau pour étancher leur soif. Nakdimon emprunta de l’eau mettant toute sa fortune en gage en atten- dant les pluies afin de résoudre le problème de la soif pour tous les pèlerins. Le terme du prêt arrivé, il fut sommé de payer sa dette et rétorqua que le terme n’était pas arrivé à totale échéance. Il lui restait du temps jusqu’à la tombée de la nuit. Le prêteur lui répondit : « se peut-il qu’il n’ait pas plu toute l’année et qu’il se mette à pleuvoir le peu de temps restant ? ».

Nakdimon se rendit au Temple, il se recouvrit de son châle de prière et se mit à prier :

"Maitre du monde, je te parle franchement tu sais que ce n’est pas dans mon intérêt personnel que j’ai fait cet emprunt, ni pour la maison de mon père, mais c’est en ton honneur que j’ai fait cela afin qu’il y ait assez d’eau pour les pèlerins."

Aussitôt, le ciel se couvrit de nuages et la pluie se mit à tomber......

La tradition juive nous indique que dans toutes les générations, les juifs prièrent sur le tombeau de Nakdimon pour la tombée des pluies, pour la parnassa (prospérité)... Nakdimon avait prié pour apporter la pluie, c’est donc sur sa tombe que les juifs prient pour les pluies surtout en cas de sècheresse fréquente dans la région. Pluie se dit Guéchem en hébreu, Guèchem vient de Gachmiout qui veut dire matérialisme: les juifs prièrent aussi pour le matérialisme.

Selon le Ari Zal (le grand kabaliste Isaak Louria), on associe le Tombeau des rois au Tombeau de Nakdimon Ben Gourion (5).

Bains rituels au Tombeau des rois

(1) Guittin 56a (2) Nedarim 50a & Ketoubot 62b-63a (3) Taanit 21a (4)Ta’anit 19b (5) Le rav Moshé Hadgege en 1733 dans son livre ‘‘ Eléh Massé écrit on nom du AriZal

Au XIXe siècle, des archéologues com- mencent à s’intéresser au Tombeau des rois. Louis Félicien Joseph Caignart de Saulcy considéré comme l’un des pères de l’archéologie biblique, commença l’exploration du Tombeau en 1951. Il rédige un mémoire sur le Tombeau qui provoque un tollé l’académie des inscriptions et belles-lettres. Félicien atteste que le Tombeau des rois hébergeait les sépultures des grands rois de la Bible, notamment les sépultures du roi David et du roi Salomon. Il revint sur sa thèse bien des années plus tard.

Félicien retourna au Tombeau en 1863 après avoir obtenu un permis officiel du Sultan (em- pire Ottoman) d’effectuer des fouilles en terre sainte. Après plusieurs jours de fouilles, un ou- vrier fit une découverte, repérant un endroit où la roche avait été remplacée par du mortier. A coup de pioches, le mortier fut retiré donnant ainsi l’accès à une chambre secrète

dans laquelle reposait un sarcophage royal depuis près de 1800 ans. Sur le sarcophage figurait une inscription en hébreu « Tséda Malketa »

Inscription sur le sarcophage d’Hélène

Malheureusement aucune précaution ne fut prise lors de l’ouverture du sarcophage. A peine ouvert, le squelette qui s’y trouvait, sereduisit en partie en poussière. L’entreprise ar-chéologique prit vite la tournure d’un drame: le tombeau fut profané, souillé, spolié et vidé, les sarcophages déterrés, ce fut une catastrophe trophe sans précédent.

La rumeur selon laquelle les français se livraient à des profanations au Tombeau des rois enfla rapidement dans Jérusalem et les Juifs arrivèrent de toutes parts. A cette époque, la communauté juive en Palestine compte 25.000 personnes dont 8.000 à Jérusalem. Plus de la moitié de la population de la ville, près de 5.000 personnes arrivent au Tombeau des rois pour demander aux archéologues Français d’arrêter leur profana- tion. Félicien les fit chasser sans tenir compte de leurs requêtes.

« Mes deux nègres et mes ouvriers les chassèrent impitoyablement » Itinéraire d’un voyage en terre sainte par Félicien de Saulcy

Les juifs se plaignirent donc directement au Pasha S.E. Kourchid ( Jérusalem est à cette époque sous domination Ottomane), qui décida de se rendre en personne sur les lieux pour vérifier la valeur de leurs plaintes. Afin de ne pas devoir se justifier sur la profanation d’une tombe juive, Félicien de Saulcy demanda à ses ouvriers de dissimuler en toute hâte les lettres inscrites en hébreu sur le sarcophage. (« L’inscription du sarcophage pouvait nous jouer un vilain tour, si elle était aperçue par l’excellent rabbin. En conséquence, Zal- zmann un peintre et un photographe spécialisé en archéologie, membre de l’expêdition de Félicien de Saulcy, s’employa à combler les lettres avec de la terre glaise, ce même matériau qui servait aussi à mouler les frises décoratives du Tombeau,

se glissant dans le caveau découvert et emplâtrant si bien l’inscription qu’on ne voyait plus de trace.

Quelques minutes après, toutes les hautes personnalités dont le Pasha, le Grand Rabbin de Jérusalem Schmuel Salant et Félicien de Saulcy entrèrent dans la sépulture, et le Grand Rabbin en grattant avec ses doigts découvrait la seconde lettre de la première ligne.

« Voilà un Daleth s’écria le rabbin
- Qu’est ce que cette lettre signifie? dit le Pasha.
- Je n’en sais rien
- Vous vous trompez ; c’est une cassure ; il n’y a rien d’écrit. »
Itinéraire d’un voyage en terre sainte par Félicien de Saulcy.

Le Pasha mit fin l’affaire en faveur de De Saulcy. Par le mensonge et la ruse, l’archéologue français avait réussi. Les juifs ne parvinrent pas à sauver le Tombeau des rois ni les sarcophages. Ils firent partir des télégrammes en direction de la France et de l’Angleterre pour demander l’arrêt immédiat de la profanation sur le Tombeau mais surtout pour empêcher le départ des sarcophages. Ce sont M. Montéfiore et A. Crémieux qui intercèdèrent auprès des autorités qui acceptèrent l’arrêt des fouilles et que les sarcophages restèrent sur le site. C’était trop tard, De Saulcy avait déjà fait partir les trois sarcophages par bateau après avoir soudoyé le Pasha (Itinéraire d’un voyage en terre sainte). Ils arrivèrent en France pour être déposés au Musée du Louvre. Le Pasha n’accorda aux juifs qu’une partie des ossements, qui furent inhumés à nouveau non loin du Tombeau des rois, près de la tombe de Shimon Hatsadik (Simon le Juste).

Berthe Amélie Bertrand

Lazare Isidor appartenait à une dynastie de rabbins d’Alsace qui remontait au XVe siècle. Il se démarqua durant le poste de rabbin de Phalsbourg, en étant le premier à s’opposer au serment More-judaico, pratique discriminatoire qui obligeait les Juifs à prêter serment dans une synagogue lorsqu’ils devaient être entendus devant un tribunal, ou dans des positions humiliantes.

Devenu grand-rabbin de Paris dès l’âge de 33 ans, en 1847, Lazare Isidor fut élu vingt ans plus tard grand-rabbin de France. Très populaire, il sut préser- ver la cohésion de la communauté tout en s’oppo- sant au courant réformateur. Il entretenait une très bonne relation avec le Ychouv hayéhoudi de l’époque (communauté juive de Palestine). Averti de la situation par le Yichouv Hayehoudi, il chercha une solution. Il trouva alors une philanthrope qui décida d’acquérir le Tombeau des rois et ainsi le préserver de toute profa- nation : Madame Berthe Amélie Bertrand née Levi.

Cette femme discrète et généreuse naquit à Paris en 1840 d’Abelard-Servedieu Levi (1795-1841) et de Noé-mie Amélie Rodrigues-Henriques (1813-1900). Noémie est de la famille Rodriguez Henriques, une famille cousine de la famille Rodrigues Pereira autre- ment appelée la famille Pereire. C’est avec deux de ses cousins entre autres que Noémie va grandir: Emile et Isaac Pereire. Isaac Rodrigues-Henriques n’est pas très riche, mais il est généreux. Il va s’occuper de ses deux neveux comme de ses enfants. Abelard-Serve- dieu Lévi, son père, mathématicien, professeur au lycée Charlemagne et maître de conférences à l’Ecole minéralogiste et découvreur d’une pierre portant son nom, la Levine, ne s’épanouit pas dans cette France rageuse- ment antisémite, celle du More Judaico. Malgré ses nombreux talents, il se voit contraint de quitter la France pour l’Angleterre puis en revient, se marie le 5 décembre 1838 et fonde sa famille.

La jeune Berthe, orpheline de père à l’âge d’un an, est convertie au catholicisme sur les conseils d’une bonne afin de mettre derrière elle les affres de l’antisémitisme subis par sa famille. En grandissant, elle prit conscience de sa judéité. Pour autant, elle épouse, à l’gede tout juste vingt ans, le 28 février 1860 à Paris IXème un homme de vingt ans son aîné du nom d’Alexandre Bertrand (1820-1902).

Son mari, un homme qu’elle a aimé, un haut fonctionnaire et un académicien, est un proche de Félicien de Saulcy. Depuis son enfance, par sa famille et par son mariage, Berthe Lévi, épouse Bertrand, évolue dans un milieu social et intellectuel très favorable. Par ses origines, par son implication personnelle dans la communauté juive de France, elle est restée fidèle et proche.

Berthe Bertrand entendit le triste sort réservé au site dit du Tombeau des rois et s’en émut au point de vouloir l’acquérir. Elle décida alors

de réunir l’argent nécessaire à cette acquisition.

A ce moment, peut-être s’adressa-t-elle à des membres de sa famille tels que Jacob Emile Rodrigues Pereire, l’époux de sa tante maternelle, ainsi qu’à son frère Isaac Rodrigues Pereire ? Ou peut-être, Berthe Bertrand parvient-elle aussi à recueillir la somme au-près de personnes influentes de la communauté juive ?

Toujours est-il qu’elle finit par réunir la somme colossale de 30.000 francs, correspondant à l’époque é la valeur d’un immeuble hauss- mannien, une fortune. Or les lois ottomanes en vigueur en Terre Sainte compliquent la transaction, elle est donc contrainte de s’adresser  un tiers et, en premier lieu, au consul de France en Autriche, Monsieur Pascal Jacob dont le statut diplomatique lui confère un droit spécial.

Pourtant, il ne réussira pas à acquérir le site dit du Tombeau des Rois. Berthe Bertrand revient vers le consul de France à Jérusalem,Monsieur Salvatore Patrimonio, nommé à ce poste en 1873, auquel elle fait transmettre la somme ainsi que sa volonté d’acquérir le terrain sur lequel se trouve le Tombeau des Rois, par le texte suivant :

« Je, soussignée, Berthe Amélie Bertrand, déclare qu’en faisant l’acquisition des terrains sur lesquels se trouve le tombeau dit Tombeau des Rois à Jérusalem, je n’ai d’autre but que la conservation de cet antique et vénérable mo- nument. J’appartiens par mon père Serve-Dieu Levi et par ma mère Noémie Rodrigues Henriques à des familles israélites. C’est en souvenir de mes ancêtres que je veux préserver le tombeau de toute profanation, le tombeau des rois d’Israël, Berthe Bertrand née Levi ».

En l’écrivant, comment ne pas être saisi par l’émotion venant de ces phrases si simples en apparence mais pleines de vertu, de sens, de clairvoyance,de responsabilité communautaire et de valeur religieuse et historique. En la lisant, comment ne pas matérialiser aussi tout le poids que Berthe Bertrand avait sur ses épaules en offrant cet héritage à la postérité juive, elle qui l’a acheté, non dans un désir de possession mais de transmission éternelle.

Cette lettre, certifiée conforme par la Mairie de Saint- Germain-en-Laye en date du 23 avril 1874, est envoyée au consulat général de Jérusalem et au Grand Rabbin Lazare Isidor qui la reçoit avec les commentaires suivants en date du 28 avril 1874 : Le Grand Rabbin de France, certifie par la présente que

« les paroles dites et écrites par Madame Bertrand née Levi sont à tous égards dignes de foi, j’ai la certitude que les terrains acquis par elle sur lesquels se trouve le Tombeau des rois resteront à jamais propriété israélite préservée de toute profanation comme de toute aliénation. Je prie le Grand Rabbinat de Jérusalem de prêter la main à l’accomplissement de formalités voulues par la loi ottomane, afin que nous ayons la joie et le bonheur de conserver ce vénérable et antique monument au milieu d’Israël. »

« Au Grand Rabbin de la ville sainte de Jérusalem, qu’elle puisse être reconstruite de nos jours, Amen. Les paroles inscrites ici sont véridiques et sur ces paroles il faut se baser. Je sais que le terrain appelé Tombeau des rois ne sortira pas de cette famille, de la famille d’Israël et ne sera profané en aucune façon. En ce mardi de l’an 5635 [du calendrier hébraïque, correspondant à l’an 1874] Le Grand Rabbin de France Lazare Isidor confirme l’acquisition du tombeau par Madame Bertrand, demande au Rabbinat de Jérusalem d’aider aux formalités de l’inscription du tombeau, confirme la volonté de Madame Bertrand de garder la propriété israélite préservée de toute profanation et rassure les rabbins de Jérusalem que dès à présent le tombeau ne sera plus jamais profané et restera propriété israélite. »

Les actes consignés et authentifiés, l’achat du terrain définitivement acte, Madame Bertrand entreprend de faire cerner le terrain par un haut mur de pierre et s’attache les services d’un gardien afin «qu’aucun étranger n’y pénètre et qu’aucun impur ne le traverse». Malgré l’exis- tence authentifiée de ces lettres, le nom de Berthe Bertrand n’apparaît aucunement dans l’acte notarié de propriété et seul le nom du consul général de France à Jérusalem, Salvator Patrimonio y figure.

Les années passent, le 15 décembre 1879, les chefs des communautés israélites résidant à Jérusalem écrivent communèment au consul de France Salvator Patrimonio pour le remercier d’avoir «admis à l’enterrement dans d’autres sépultures des ossements déterrés»..... par l’intermédiaire de Nissan Beck, chef respecté et reconnu de la communauté hassidique de Jérusalem en précisant que la bienfaitrice Berthe Amélie Bertrand qui a acheté cet endroit en « tant qu’israélite ne pourrait avoir de meilleurs souhaits».

Un document est retrouvé chez les frères Pereire, certifiant que le Tombeau des rois a été acheté par Madame Bertrand.

« Acquisition du Tombeau des rois, en février 1878 par Mr Patrimonio au nom de madame Bertrand gages du gardien 30 F par mois, plus 10 F pour divers pourboires etc. Construction du Mur d’enceinte et de la maisonnette pour le gardien 4356,91 F.

Lettre du 2 mai 1878, de Patrimonio :
« La Porte a enfin reconnu aux étrangers le droit de faire des donations entre vifs et testamentaires, sous certaines conditions d’authenticité.» (La donation peut se faire à la chancellerie devant témoins.)

En juin 1878, il conseille d’attendre quelques mois « à cause des intrigues ».

Que s’est-il réellement passé entre 1874, date à laquelle Berthe Bertrand fait sa déclaration d’acquisition du terrain dit du Tombeau des rois, l’offre au Hekdech et 1885, date à laquelle son cousin germain Henry Pereire (le fils de Rachel Ermine Rodrigues Henriques et

de Jacob Emile Rodrigues Pereire) fait rédiger un acte de donation en toute propriété dudit site au gouvernement français ?

Dans une lettre en date du 6 juillet 1879, Henry Pereire, s’adressant au Consul Général de Jérusalem, Charles Ledoulx, nommé en rem- placement de Salvatore Patrimonio, s’étonne, à la suite d’une lettre reçue de Christophe édouard Mauss, architecte du gouvernement français, que les «achats de terrains ont été faits au nom personnel de Monsieur Patrimo- nio, sans aucune intervention de Madame Bertrand...., ce qu’il a toujours ignoré....»

Suite à cela, quelques années plus tard, Henry Pereire ‘’offre’’ à la France le Tombeau des rois. Le but de cette donation est clair :

« pour le conserver à la science et à la vénération des fidèles enfants d’Israël »

La stricte application de la loi ottomane en Terre Sainte aurait-elle donc fourni à la France ce formidable tour de passe-passe pour sou- tirer une propriété acquise en toute légalité par Berthe Bertrand ?

Pourquoi et dans quelles conditions de droit notarial, de droit français ou ottoman, Henry Pereire, alors que Berthe Bertrand, âgée de seulement quarante-cinq ans, et toute sa descendance était bien vivante, a-t-il pu faire une donation à la France, alors que le doute sur ses droits, à lui, de propriétaire, est permis ?

A propos de la donation à la France du Tom- beau des rois par Henry Pereire, le cousin germain de Berthe Bertrand, le document manuscrit répertorié par les archives consulaires de Nantes porte la mention «copie» et n’y figure ni la signature du donateur, Henry Pereire, ni celle du récipiendaire, la France, encore moins celle du témoin, Charles de Freycinet.

Ou se trouve donc aujourd’hui le précieux ori- ginal paraphé ? A- t-il réellement était signé ? Ou peut-être que finalement Henry n’ayant pas le droit de le faire n’a pu aller jusqu’au bout de sa démarche et donc le document est caduque.

Pourquoi donc, et à quel titre, Henry Pereire aurait-il fait donation à la France du site acquis quelques années plus tôt par sa cousine Ber- the Bertrand, dans un but pieux, et offert par elle à la communauté et à la postérité juive ?

Pourquoi, alors qu’il est de notoriété publique que Berthe Bertrand a acquis le Tombeau des rois, les seuls noms d’Emile et Isaac Pereire figurent sur la copie de l’acte de donation, non paraphé, au gouvernement français, fai- sant mention que le site a été acquis sur leurs

deniers et dont les « titres sont au nom de Monsieur Patrimonio, ancien consul de France, pour des raisons tirées de la législation ottomane», selon «sa déclaration formelle ».

La donation a-t-elle vraiment eu lieu? Où? Comment et en présence de qui? La curiosité est à son comble concernant l’original de cet acte et son lieu de conservation ! L’histoire du Tombeau des rois est d’abord celle d’un cimetière juif antique, un lieu saint, kadosh, une merveille archéologique, presque

hélas pour le site, mais aussi celle de la Terre Sainte passée en quelques générations de l’Empire Ottoman à la Palestine mandataire, sous mandat britannique puis à la renaissance d’israël en 1948, dont la construction en tant qu’état, a remis en question l’ancienne législation ottomane et redonné pouvoir et force à une population juive augmentée et motivée.

Qui ne comprendra pas que la confusion est grande dans cette histoire passionnante du Tombeau des rois, l’un des hauts lieux saints du judaïsme en terre d’Israël, que des actions malveillantes et irrespectueuses viennent ombrager, tout ce que Berthe Bertrand voulait épargner à ce lieu d’exception et de dévotions juives.

Tombeau des rois 19e siècle

A ce jour, certains osent contester l’authenticité religieuse du site et de celles des tombes, objets de visites et de prières, affirmer aux Juifs, avec le sceau de l’autorité morale et scientifique, qu’ils feraient une lourde erreur lorsqu’ils prient sur un lieu n’apportant aucune preuve sur l’identité des personnes ensevelies : qu’importe, ce lieu est identifié par les Juifs comme celui des tombes de Nakdimon Ben-Gourion, de Kalva Savoua et d’Heleni Ha-Malka, les habitudes bi-millénaires de dévotion prises sur un endroit restent la vérité religieuse dans une tradition juive multi-millénaire. Israël est un état souverain, ses citoyens, les Juifs de monde entier aussi, sont libres de garder les traditions et nulle entité étrangère ne saurait les remettre en cause.

En 1967, les juifs ont à nouveau accès au Tombeau des rois en payant l’entrée au gardien. Le site est alors considéré par le Consulat Français de Jérusalem comme un domaine national Français, le drapeau tricolore flotte au dessus du Tombeau, sur la grille d’entrée est inscrit République française. Et puis dans les années 2000 à nouveau le site est fermé au public. Enfin pas à tout public, nous en parlerons par la suite. En Septembre 2012, des colloques sont organisés entre autres au musée du Louvre (département des antiquités orientales) en collaboration avec l‘institut français du Proche-Orient sous le patronat du Consulat de France à Jérusalem. Le titre résume l’approche voulue : 150 ans de contribution française à l’archéologie palestinienne. Pas une personnalité israélienne, pas un seul représentant de la communauté juive. Pas une allusion au judaïsme ou à l’attrait sacré du Tombeau des rois. Car ces colloques ne parlent quasiment que du Tom- beau des rois . La presse israélienne s’empare de l’affaire en déclarant

qu’il y a une volonté de la France d’effacer toute trace historique et archéologique des juifs sur Israel et plus particulièrement sur Jérusalem.

Le porte-parole du ministère des affaires étrangères lui-même s’interroge comment le Consulat de France a-t--il cautionner une réécriture faussée de l’histoire.

A l’entrée du Tombeau des rois à Jérusalem, dont un doublon se trouve une plaque dans la cour du Consistoire de France à Paris, mais une plaque ne reste qu’une plaque, surtout quand celle-ci n’a peut-être ni le contenu, ni le poids juridique requis : car en plus de la contestation légitime de cette donation suspecte comportant un certain nombre de conditions, le gouvernement français s’est fourvoyé en ne respectant jamais les obligations auxquelles il était soumis.

Les conditions principales, et sans aucune ambiguïté possible, étaient d’entretenir le site, le garder saint et propre, de laisser les Juifs du monde entier sans distinction visiter et pèleriner les tombes des justes, de le préserver de toute profanation comme de toute aliénation, respectant ainsi les volontés de Berthe Bertrand qui l’a, répétons-le, acquis dans un seul et unique objectif de transmission éternelle.

Or la France, faisant fi de la sainteté du lieu, s’autorise la libre utilisation et exploitation de sa «propriété», gardée avec zèle depuis des générations par des arabes, pour des fouilles jamais réellement interrompues et pour des activités telles que des festivals de musique profane arabe, contribuant à dénaturer gravement la destination naturelle du site, c’est- à-dire le pèlerinage, la prière juive et aussi la préservation historique et archéologique.

En 2015, le Hekdech a saisi la justice isrélienne auprès du tribunal des Hekdechot de Jérusalem, contre le consulat de France à Jérusalem. Le tribunal des Hekdechot est un tribunal religieux qui a toute autorité en Israël pour juger ce genre de cas. Le Consulat de France de Jérusalem ne s’est pas présenté au Tribunal, pour cause de non reconnaissance d’un tribunal Israélien sur cette partie de Jérusalem: la partie Est, qui plus est d’un tribunal religieux. Le tribunal a alors ordonné d’écrire sur le cadastre une notification, précisant qu’il y a un problème de propriété.

En 2018, la société française Matière, chargée des travaux de mise en sécurité du site, déclare avoir terminé sa mission depuis long- temps, « le Tombeau des rois est prêt à être ouvert au public ». Elle écarte ainsi le motif sécuritaire qui ne pourrait plus être retenu pour maintenir les portes fermées et empêcher les visites. L’affiche «en travaux» a permis au consulat et aux archéologues français degagner du temps pour continuer en toute discrétion des fouilles archéologiques et surtout interdire pendant plus d’une décennie l’accès aux juifs.

Concernant le point précis des fouilles aux- quelles s’est livrée la France depuis Félicien de Saulcy et jusqu’au moins en 2012, les di- verses pièces prélevées sur place, de valeur inestimable, sont stockées en nombre au Musée du Louvre : aujourd’hui, ces objets, que l’on peut qualifier de spoliés, dont le sarcophage d’Hélène d’Adiabène, considéré comme l’une des merveilles du monde an- tique, sont désormais exposés salle 180, esca- lier Denon avec la mention «don» de Félicien de Saulcy....

Combien de temps encore, les Juifs, conscients de leur extraordinaire patrimoine religieux, spirituel et archéologique, supporteront-ils de voir cet endroit inaccessible à leurs prières et à leurs visites, sou- mises à d’humiliantes autorisations consulaires ?

La France est le pays européen le mieux implanté en Israël du fait de ses activités religieuses et diplomatiques très anciennes en Terre Sainte, puis en Palestine mandataire et aussi du fait des accords de Mytilène de 1901, lui confirmant son rôle dans le protectorat de Jérusalem. Aussi incroyable que cela puisse être, la France, imbue d’une puissance coloniale obsolète, déclare envers Israël, dont elle ne reconnaît, aussi incroyable que cela puisse être, ni l’autorité religieuse ni l’autorité juridique sur la partie Est de Jérusalem dans laquelle se situe le Tombeau des rois, une amitié froide et retenue, mais, malheureuse- ment, ses actions politiques et diplomatiques sur le terrain ne laissent planer aucun doute sur ses intentions réelles et sur la position du Quai d’Orsay.

Colloque 150 ans de contribution française à l'archéologie, on parle d'archéologie au Tombeau des rois

Festival de musique arabe au Tombeau des rois

Fouilles archéologiques du Consulat français au Tombeau des rois 

Les Juifs sont en droit de s’interroger, voire de s’inquiéter, sur le sort de ce site, vénérable et antique monument selon les mots de Berthe Bertrand, au regard du curriculum vitae des deux archéologues français, Jean-Sylvain Caillou et Rosemary Le Bohec, des spécialistes des territoires «palestiniens» qui furent missionés par la France et qui procédèrent encore à des fouilles en mai et juin 2012 : les photos de leurs travaux, telles des trophées, sont postées sur Internet, sur les pages de leurs nombreuses missions archéologiques au proche orient, ces activités françaises se révélant être une sorte d’activisme politique. En Janvier 2019, lors d’une conférence sur le su- jet, une femme apporte un fascicule imprimé par le musée du Louvre en 1874 apportant de nouveaux éléments au dossier du Tombeau des rois. En effet, à la demande du Consulat de France je fus reçu ainsi que le rabbin Mamo du Hekdech dans les sous-sols du musée du Louvre par le conservateur en chef du musée, en présence d’Olivier Plançon vice-consul de France à Jérusalem, afin de nous montrer les sarcophages provenant du Tombeau des rois, qui jusqu’alors n’était pas exposés. Le musée a fait intervenir une équipe de marbriers pour ouvrir le sarcophage de la reine Hélène afin de prouver qu’il n’y avait aucun ossement dans le sarcophage et donc aucune profanation d’ordre religieuse.

Et pourtant, dans le fascicule du Louvre il est précisé le détail apporté par Félicien de Saulcy. Il y est précisé que les ossements de la reine sont arrivés au Louvre. Pour la communauté juive, c’est une profanation : les ossements d’une personne considérée comme une sainte dans le judaïsme, déterrés de leur tombe, et séquestrés de façon profane dans une boite dans les sous-sols d’un musée. Le Hekdech a déclaré récemment qu’il déposerait aussi une plainte auprès du tribunal afin que les sarcophages séquestrés au Louvre puissent être restitués et que les ossements de la reine Hélène puissent être rendus pour revenir à leur lieu de sépulture dans la terre d’Israël.

Journal d’époque 1874

Brochure du Louvre 1874

Des années se sont écoulées depuis l’achat par Berthe Amélie Bertrand mais, la communauté juive n’a reçu que de belles promesses et bien peu d’actes concrets. L’objectif a été clair pour la représentation française, gagner du temps et calmer les tensions, en distillant de minces concessions aux fidèles juifs.

Aujourd’hui après avoir été assignée au tribunal de Grande Instance de Paris, sous la pression de plus en plus forte d’organisations juives, du ministère de la Justice, sous la pression judiciaire et médiatique, la France se décide enfin à rouvrir au public, après des décennies d’une inadmissible confiscation, le site du Tombeau des Rois, un monument national israélien, riche d’une histoire bi-millénaire, à haute valeur patrimoniale et religieuse.

Après des années d’interminables travaux, non concertés avec les autorités religieuses, après des fouilles archéologiques menées à la seule initiative de la France, relevant de la profanation, et d’utilisations dévoyées de l’un des sites les plus sacrés du judaïsme en Terre d’Israël, tel d’importants et fréquents festivals de musique arabe, la France dans son ouverture du site pour montrer sa bonne volonté face au tribunal, persiste en fait dans sa mauvaise volonté en ouvrant que deux fois par semaine et en imposant des conditions de visites dilatoires, par la réservation obligatoire sur Internet et par le paiement en ligne, en totale opposition avec la destination naturelle du lieu qui est la prière et la dévotion juives et avec la liberté d’accès à un site architectural d’exception.

L’heureux élu, qui aura la possibilité de rentrer au Tombeau des Rois, après des semaines d’atermoiement, entre ouvertures et fermetures inopinées dues aux craintes de troubles imaginaires, que la police israélienne appelée à la rescousse aurait jugulés, découvrira un endroit grandiose certes, mais dépouillé. Les sarcophages, les frises et les autres éléments de décoration sont exposés au Musée duLouvre, escalier Denon, salle 180, et les ossements de la reine Hélène d’Adiabène sont encore détenus sans raison dans une réserve non accessible au public, tout cela perdure depuis des décennies du fait du zèle de Félicien de Saulcy.

Le voeu de l’acheteuse du Tombeau des rois, Madame Berthe Bertrand née Lévi, une philanthrope juive française, n’a, depuis 1864, aucunement été respecté, elle qui n’avait d’autre objet que de le « préserver de toute profanation, en souvenir de ses ancêtres ».

Entre autosatisfaction et informations erronées, cela me rappelle les propos d’Albert Camus qui jugeait que « mal nommer les choses, ajoutons ne pas les nommer c’est nier les choses ».

En matière de désinformation et de déni de la réalité, le comportement de la France est un modèle du genre, c’est la raison pour laquelle je tiens à la réécrire selon la vérité historique et la réalité de l’implantation du Tombeau des rois dans la ville de Jérusalem, capitale d’Israël, déclarée, dans une loi fondamentale de l’Etat d’Israël, votée à la Knesset le 30 juillet 1980, « Eternelle, Une et Indivisible du peuple Juif ». Le summum est atteint lorsque dans «tombeau des sultans» sur le site du consulat de France à Jérusalem, l’annonce par le consulat de la réouverture du lieu, la version arabe utilise le terme de Tombeau des sultans ! Quand on sait que ce mausolée précède de onze siècles la nomina- tion du premier sultan

 

Voilà une volonté délibérée de réécrire l’Histoire, comme un refus obsessionnel de reconnaître le retour du peuple Juif sur sa terre.

Comme ce fut le cas lors des nombreux colloques organisés sur les fouilles au Tombeau des rois niant toute trace du peuple juif, toute trace de judaïsme, comme ce fut le cas lorsqu’au Sénat le secrétaire d’Etat prend en considération la question posée par Monsieur Gilbert ROGER, un homme connu pour ses positions farouchement anti-israéliennes, ouvertement pro-arabes et pro-palestiniennes, un moyen de détourner le dossier du Tombeau des rois en dossier politique sur Jérusalem. Il est à remarquer que dans la réponse du secrétaire d’Etat, on ne fait part à aucun moment que le Tombeau des rois est une tombe juive. Comme c’est le cas dans tous les documents officiels de la France, on « omet » volontairement de mentionner qu’il s’agit d’une tombe juive. Une façon de réécrire l’histoire juive du moins pour ce lieu. J’aurai signalé entre autres la page du Consulat de France à Jérusalem et son descriptif sur le Tombeau des rois, une façon encore une fois de satisfaire les voisins arabes.

Les innombrables traces archéologiques établissant le lien évident et incontestable entre le peuple Juif et la terre d’Israël, ne sauraient être effacées.

Le Hekdesh de Jérusalem représenté par Maître Gilles William Goldnadel a entamé une action juridique contre la France, visant à faire valoir les droits du peuple juif sur le Tombeau des rois car c’est un lieu de dévotion, un lieu de prière, un passage incontournable pour les passionnés d’Histoire désirant admirer l’un des plus impressionnants vestiges de l’antiquité juive, qui le nierait ?

Bien au-delà de la valeur religieuse et l’aspect spirituel pour la communauté juive internationale, au-delà du malentendu sur la propriété immobilière, le Tombeau des rois représente une valeur patrimoniale inestimable, comme décrite plus haut dans cet article, et nul ne saurait le fermer aux visites et freiner la curiosité de tous ceux, simples visiteurs, pèlerins ou passionnés d’Histoire qui souhaiteraient le découvrir et s’en émerveiller.

Une action en justice est également menée par le Hekdesh afin de récupérer les sarcophages du Tombeau des rois ainsi que les ossements sacrés de la reine Hélène, séquestrés au Musée du Louvre afin de les ramener en Israël dans le Tombeau des rois là où ils étaient ensevelis depuis 2000 ans et ainsi mettre fin à la profanation faite par la France.

A travers l’affaire du Tombeau des rois se cache une volonté de nier l’histoire du peuple juif de nier le lien qui relie notre peuple à sa terre.

A travers l’affaire du Tombeau des rois se cache la politique pro-arabe de la France et une volonté de refuser d’admettre le retour des juifs à Sion, Jérusalem.

L’avenir du Tombeau des rois n’est, à ce jour, pas bien déterminé, mais les Juifs du monde entier et l’Etat d’Israël ont l’espoir que la France ou tout au moins le tribunal, finisse par leur y reconnaître la légitimité pleine et entière, et par leur rendre en toute bonne foi et avec bienveillance ce site juif bimillénaire.

La France, bien consciente qu’elle n’en a pas la réelle propriété, comme elle aime pourtant à le rappeler, s’honorerait de rendre sans condition et avec bienveillance ce site éminemment juif à l’Etat d’Israël, plutôt que de se fourvoyer dans un combat d’arrière-garde.

Car, tôt ou tard, le Tombeau des rois retournera à l’Etat d’Israël, c’est le sens de l’Histoire qu’aucune mauvaise foi ne saurait arrêter.

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