Le Tombeau des rois 

Paru le 16 janvier 2019 

aux Editions Persée

Deux mille ans d'histoire. Et quinze ans de travail acharné. C'est en remontant les marches de la station de métro Palais Royal, Musée du Louvre que j'ai réalisé. Dans quelques secondes, j'allais obtenir le résultat de mes recherches. Moi, simple juif parisien issu d’un quartier populaire du dix-neuvième arrondissement. Moi, David Bendosaa, allais bientôt être l'acteur de la scène la plus attendue de ma vie. Dans quelques instants, on allait ouvrir devant moi, et pour moi, dans un des lieux les plus surveillés de France, le sarcophage de la reine Hélène d'Adiabène. 

Le temps était doux, en ce matin du 4 septembre 2011. Les parisiens, habitués aux grimaces imprévues de la météo, avaient appris à apprécier ces sursauts de fin d’été venant ensoleiller, de temps à autre, la grisaille quotidienne. Nous étions dimanche, les devantures closes des boutiques et les rideaux de fer baissés, conféraient au quartier un calme peu banal. Une sorte d’engourdissement général, après l’effervescence du mois d’août et ses vagues de touristes ; derniers instants de répit avant la rentrée générale. 

En sortant du métro, je me suis dirigé directement vers l'entrée principale du musée du Louvre, celle qui donne accès à l'esplanade où se pavane, devant les bâtiments centenaires, une immense pyramide de verre. Vaniteux vestige du président Mitterrand qui voulait laisser son empreinte dans l'histoire de l'art, aux côtés d'un Léonard de Vinci ou d'un Eugène Delacroix. Mon rendez-vous avait été fixé quelques jours plus tôt, par le consul de France à Jérusalem en personne. Tous les conviés avaient répondu présent. 

C’est en passant le portique que je les ai aperçus. François Ponchard,  conservateur en chef de l'Etat français, Jean-Baptiste Destant, attaché cultuel du ministère des Affaires Etrangères, Madeleine Canton, conservatrice en chef du musée du Louvre, Olivier Blançon consul de France à Jérusalem, Michel Duval archéologue, Patrick le Doux, de l'école biblique de Jérusalem, Gilbert Birnbaum, Grand Rabbin de France, et, Joseph Morgenstern, président du Consistoire israélite de France; encadrés d’une armée de marbriers, outils à la main, venus ouvrir un sarcophage de pierre vieux de deux mille ans. 

Ils m'attendaient tous là. L'opération allait pouvoir commencer. Chacun était venu pour des raisons différentes. Certains pour contrôler le bon déroulement de l'opération, d'autres pour témoigner, voire prier. Mais moi, je savais que si le tombeau renfermait effectivement le secret d'Hélène, ce jour marquerait un tournant dans ma vie. 

Le service de sécurité fit preuve de beaucoup de zèle. Les hommes avaient été avertis de la fouille, et ne devaient rien laisser passer. Tout objet susceptible de ressembler, de près ou de loin, à une caméra, un appareil vidéo ou même un enregistreur devait être écarté. On nous palpa de haut en bas, tandis que je tentais tant bien que mal de dissimuler ma nervosité. Je portais sur moi une micro caméra, prêtée par un ami et agent du Mossad. Dieu soit loué, le matériel du service d'espionnage le plus sophistiqué au monde résista aux inspections des gardiens du Louvre. Mon petit bijou, dissimulé dans la boucle de ma ceinture, ne fut pas découvert ; et après une demi-heure de prises d'empreintes et de paperasses à remplir, nous prîmes le chemin du sanctuaire de l’art : les caves secrètes du musée du Louvre. 

Madeleine Canton avait pris la direction des opérations...

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